Hôtel Torrentius

  • Date 1977-1981
  • Adresse Rue Saint-Pierre, 15 – 4000 Liège

Attribué à l’architecte liégeois Lambert Lombard, l’Hôtel Torrentius est construit dans la seconde moitié du XVIe siècle et constitue aux côtés de l’Hôtel Desoër de Solières et de l’Hôtel de Bocholtz l’un des plus beaux témoignages de la Renaissance à Liège. Pourtant, comme d’autres, il a bien failli disparaître sous les coups de pioche qui détruisent, dans les années 1960/1970, la majeure partie du quartier du Cadran, à proximité de la place Saint-Lambert. Classé comme monument en 1969, le bâtiment est occupé par un commissariat de police, revendu à la Banque de Paris et des Pays-Bas, puis laissé à l’abandon jusqu’à ce que Charles Vandenhove l’acquière en 1978.

L’architecte commence par débarrasser le bâtiment des constructions ajoutées au XIXe siècle. La démolition de divers locaux et du grand garage au fond de la propriété permet de dégager une belle cour tout en dévoilant la façade sud. La phase suivante du chantier conduit l’architecte à faire appel à René Greisch qui conçoit une dalle de béton au deuxième étage afin de garantir la stabilité de l’édifice. La restauration de l’édifice va dominer le début des travaux par la remise en état des toitures et des maçonneries et par la démolition de diverses cloisons intérieures. Ces travaux à l’intérieur du bâtiment permettent d’exhumer des traces archéologiques de première importance comme la fresque murale attribuée à Lambert Lombard et reprenant la sentence « Cum finierit tunc incipiet » (Lorsque l’homme croit en avoir fini, il n’en est encore qu’au commencement).

La démolition de diverses cloisons permet à l’architecte d’aménager son atelier au rez-de-chaussée, son appartement privé au premier étage ainsi qu’un appartement et un studio sous les combles. L’intervention de Charles Vandenhove dans cet édifice à haute valeur patrimoniale ne se limite toutefois pas à une restauration à l’identique et, à l’instar du chantier en Hors-Château, l’architecte propose des interventions contemporaines qui servent le nouveau programme du bâtiment. Au centre du bâtiment, le grand escalier Louis XIV est racheté et démonté par la Ville de Liège, ce qui permet de libérer l’espace du rez-de-chaussée et de reconfigurer les locaux du premier étage. Vandenhove reprend une formule qu’il affectionne, deux escaliers à vis, l’un desservant la crypte au sous-sol et un autre dans la tour d’angle qui mène aux étages. Le porche d’entrée qui servait de passage pour les automobiles est complètement reconfiguré sous une voûte en berceau qui voit l’intervention de Daniel Buren. La collaboration des plasticiens, trait fondamental du travail de Vandenhove , se marque, en outre, par les interventions de Léon Wuidar et Olivier Debré sur les murs et les plafonds qui, sans contradiction, donnent une nouvelle luminosité aux espaces intérieurs. L’intervention contemporaine de l’architecte est également marquée par l’impact du travail de Carlo Scarpa qu’il redécouvre lors d’un voyage en Italie en compagnie de Geert Bekaert et Francis Strauven. Avec ses colonnes en bronze qui marquent notamment les croisées de fenêtres, ses oculi ou encore ses cheminées et menuiseries aux moulures en forme de ziggourat, Torrentius présente un nouveau langage, presqu’universel, que l’on retrouve également dans le projet de Hors-Château dont la conception est contemporaine.

  • Bibliographie

    BEKAERT, Geert, «  Modernité et tradition en architecture » dans Charles Vandenhove, une architecture de la densité, Liège, Pierre Mardaga, 1985, p. 98-101.

    BEKAERT, Geert, « Un architecte dans le siècle » dans BEKAERT, Geert, VERSCHAFFEL, Bart et DERCON, Chris, Charles Vandenhove, art et architecture, Tournai, La Renaissance du livre, 1998, p. 48.

  • Auteur et date de la notice Sébastien Charlier, 2021